Dans les Rencontres d’Hédonia, nous recevons la jeune joueuse de rugby du stade rochelais Anaïck Konyi. Anaïck a quitté la Nouvelle Calédonie à 16 ans pour venir assouvir sa passion. Sa progression est impressionnante puisqu’elle joue désormais aussi dans l’équipe de France féminine de rugby à 7. Anaïck revient avec nous sur son parcours, sur ses motivations et on découvre cette jeune joueuse très talentueuse et si sympathique !
Hedonia : Dans les rencontres d’Hedonia, nous recevons la joueuse de rugby de l’équipe féminine du Stade Rochelais, Anaick Konyi, bonjour.
AK : Bonjour.
Hedonia : Alors Anaick, vous jouez à La Rochelle, mais pas que, puisque vous êtes aussi en équipe de France féminine à sept. Donc déjà une belle carrière qui s’annonce. On va revenir sur votre parcours. Vous êtes née en Nouvelle-Calédonie. Vous avez donc grandi en Nouvelle-Calédonie. Donc à vingt-deux mille kilomètres d’ici. Comment vous avez rencontré le rugby ?
« J’ai commencé le rugby à 12 ans, j’ai beaucoup négocié avec ma maman parce qu’au départ, elle n’était pas forcément pour. Elle avait un peu peur des blessures »
AK : Alors, j’ai commencé à l’âge de douze ans. Au départ, c’était mes neveux qui faisaient du rugby. J’étais un peu à la recherche d’un sport. J’ai essayé un peu tous les sports. Et il y a eu une équipe de rugby qui est venue faire des initiations UNSS dans mon collège. J’ai beaucoup négocié avec ma maman parce qu’au départ, elle était pas forcément pour. Elle avait un peu peur.
Hedonia : Elle avait peur de quoi ? Des chocs ? Des blessures ?
AK : Oui, mon frère a fait du rugby, donc elle en a connu un peu des blessures. Et le rugby féminin, elle le connaissait pas trop. Et surtout, en Nouvelle-Calédonie, c’était encore moins développé qu’ici. Donc, c’était des mois de négociation avec elle. Et après, je faisais du taekwondo à côté, donc j’ai tout laissé pour aller faire du rugby. Et c’est comme ça que j’ai commencé à faire du rugby.
Hedonia : Donc, vous avez commencé à douze ans. Vous avez vingt ans aujourd’hui ?
AK : Dix-neuf, bientôt vingt ans.
Hedonia : Vous êtes née en 2006. Donc en huit ans, vous avez réussi à arriver en équipe de France féminine à sept.
AK : C’est passé très vite.
Hedonia : C’est un bel exploit.
AK : Oui, merci.
Hedonia : Vous étiez en quelles études en Nouvelle-Calédonie? En sport études ?
AK : C’est ça.
Hedonia : Et ça marche comment alors ? Combien d’heures de rugby par semaine ?
AK : En tout, on avait à peu près treize heures de rugby avec l’Académie Pôle Espoir et le club. On était plus avec l’Académie Pôle Espoir que le club parce qu’on était un peu en développement pour essayer de venir faire des compétitions ici en France et d’intégrer un club en France.
Hedonia : Parce c’est la fin du collège, début lycée ?
AK : Début lycée, mais j’ai commencé à faire les entraînements et dès ma deuxième année en quatrième ou troisième.
Hedonia : Donc ça veut dire que vous étiez super douée.
AK : Peut-être, on sait pas.
Hedonia : Certainement oui. À partir du moment où vous êtes au lycée, à partir de quel moment vous avez en tête l’idée de venir s’installer en France ?
AK : Au dernier moment, parce que même au collège, on me parlait de l’Académie Pôle Espoir, je savais pas ce que c’était. Moi, je faisais du rugby à la base que pour faire du rugby parce que j’aimais bien ça. Et je suis rentrée au Pôle Espoir, on m’a dit : Oui, tu peux essayer de rentrer, il y a des tests à faire etc. Donc, période de COVID. Avant de rentrer au Pôle, avant de faire les tests. Donc, on s’entraîne un peu et je suis arrivée au lycée. On m’a pas tout de suite parlé de ça, mais je voyais un peu les grands partir en France, faire des tournées, faire des compétitions, des Top 50. Donc, je me suis dit peut-être un jour, mais j’ai pas prêté attention dès le début. C’est que à partir du moment où j’ai une joueuse du Stade Toulousain qui était avec moi au Pôle Espoir, Elina Folituu, elle est partie. Et je me suis dit : Bon c’est peut-être bientôt mon tour. Et un jour, on me dit : il y a une Interligue à faire avec l’équipe d’outre-mer à Angoulême et tu peux partir avec Lina. Et après, on verra ce que ça donne.
Hedonia : Et donc, vous avez été repérée ensuite à Angoulême ?
AK : Pas, pas la première fois. Donc c’était un peu la découverte pour moi, surtout de faire un voyage seule sans mes parents.
Hedonia : Oui, parce que là, vous avez quoi, quinze ans ?
AK : Oui, quinze ans, oui. Je pars on revient et on me dit : il y a une deuxième compétition pour toi. Donc à Aix-en-Provence, cette fois-ci pareil, Interligue avec l’équipe d’outre-mer. Donc, on était avec plusieurs filles d’outre-mer, que ce soit de la Guyane, de la Réunion. Et c’est à partir de là, on était en janvier 2023. Et on me dit : pour août, tu vas peut-être partir. Donc, c’est allé très très vite.
Hedonia : Alors, il se passe quoi dans votre tête à ce moment-là ? Et dans la tête de votre maman ? Parce que j’ose même pas imaginer.
AK : C’est surtout dans la tête de ma maman. C’était vraiment pas prévu tout ça. À la base, Ça partait d’un loisir, un simple loisir.
Hedonia : Oui, vous faisiez du sport. Et là, on te dit : Ta fille, elle part dans quelques mois et elle va vivre à l’autre bout du monde. Déjà, elle part, c’est compliqué, mais à l’autre bout du monde.
« C’était un peu dur pour mes parents, mon départ, mais ils voyaient que ça me tenait à coeur de faire ça, le rugby c’était une révélation «
AK : Oui, c’était un peu dur pour mes parents au départ, mais ils voyaient que ça me tenait à cœur de faire ça, que le rugby, c’était vraiment pour moi une révélation. J’avais trouvé un peu le sport que je voulais faire et que je cherchais depuis longtemps. Donc, il fallait faire tous les papiers dès le début. Et là, c’est passé tellement vite de janvier, on était déjà en août. C’était déjà le départ.
Hedonia : Et là, vous saviez que vous arriviez à La Rochelle ?
AK : J’étais sollicitée par plusieurs clubs et on m’a dit : tu peux choisir où tu vas. Donc, je me suis dit : Là, il faut que j’aille un truc près de la côte, sinon je vais être trop dépayisée. Donc, on m’a dit : La Rochelle, c’est bien, c’est ma sœur qui est pas très loin, à deux heures d’ici, en Vendée. Donc, je me suis dit : Let’s go.
Hedonia : Alors, La Rochelle, vous arrivez, vous êtes lycéenne. Donc, vous allez en internat. Dans quel lycée ?
AK : À Jean Dautet, avec la section sportive du lycée. J’ai dû refaire une année de première parce qu’en Nouvelle-Calédonie, la scolarité, elle est décalée. On a l’année civile, donc c’est de janvier à décembre. Donc, j’ai dû refaire une première et j’arrive ici, je découvre un peu La Rochelle.Très différent de la Nouvelle-Calédonie. J’arrive, il fait chaud, c’est l’été. Je partais chez moi, c’est la saison de pluie.
Hedonia : Vous avez dû être vite rattrapée par la pluie quand même.
AK : Oui, un peu la première année que je suis arrivée, oui. Mais en vrai, c’était incroyable. C’était la découverte totale.
Hedonia : Alors, vous avez trouvé comment La Rochelle ? Ou la vie, déjà ?
AK : J’ai connu que La Rochelle. Ma première année, j’étais que à La Rochelle. Donc pour moi c’était que La Rochelle, La Rochelle, tout le temps La Rochelle. Je voulais pas voir autre chose. Et j’avais mes copines ici. J’ai beaucoup de connaissances et je me vois pas trop partir de La Rochelle un peu, parce que c’est un peu devenu ma ville de cœur, en tout cas.
Hedonia : Alors le fait d’être au lycée en internat, vous aviez j’imagine des copines qui étaient aussi dans la section sportive.
AK : Oui. Pas que, des filles qui font pas de sport mais c’était une classe de sportifs. On est un lycée où il y a beaucoup de sportifs. J’étais avec des basketteurs. Donc la team section rugby et section basket, grosse classe de sportifs. Donc c’est vrai que c’était différent, mais je trainais que avec les sportifs. Il y avait que tout le temps sport, sport, sport, tout le temps. Que ce soit internat, en classe et en dehors avec les entraînements, j’étais que avec les filles de rugby.
Hedonia : Alors pareil, vous vous entraîniez combien d’heures par semaine au lycée ?
AK : Un peu moins. On était du coup je dirais peut-être dix heures d’entraînement.
Hedonia : Oui quand même, en plus des cours.
AK : Oui, en plus des cours.
Hedonia : Vous avez passé votre bac ?
« Dès que je sui arrivée, j’ai eu une rupture des ligaments croisés »
AK : J’ai passé mon bac l’année dernière. Et après le bac, entre-temps, j’ai fait une Interligue, mais cette fois avec la Nouvelle-Aquitaine. Donc j’ai pu affronter l’outre-mer et j’ai pu revoir quelques filles de la Nouvelle-Calédonie. Donc ça, c’était sympa. Et après on me dit que je suis sélectionnée pour faire une tournée avec les moins de vingt ans France aux Pays de Galles. Tout ça, ça va très vite. Surtout que au début de l’année j’ai eu une blessure. Dès que je suis arrivée, j’ai eu les ruptures des ligaments croisés. J’ai dû faire même pas un mois, en octobre. Donc c’est un peu tout le début de l’année.
Hedonia : Ça, c’est 2023, quand vous êtes arrivée ?
AK : Dès que je suis arrivée.
Hedonia : Comment on vit une blessure ? Alors déjà, au début, vous arrivez ici. Et alors, sans papa et maman à côté, parce que bon, on a beau avoir seize, dix-sept ans quand même, les ligaments croisés, C’est un gros coup.
AK : Mes parents étaient très inquiets parce que du coup, ils étaient pas là, ils étaient retournés en Nouvelle-Calédonie. On m’a posé la question dès le début : est-ce que tu voulais rentrer en Nouvelle-Calédonie pour faire ta rééducation là-bas ? Et au début, je me suis dit : non, pourquoi j’irais rentrer enfin, pourquoi je rentrerais en Nouvelle-Calédonie ? Et maintenant, avec du recul, je me dis qu’en fait, j’aurais pu et c’était totalement normal. C’était dur parce qu’il fallait tout de suite être responsable, prendre les rendez-vous kiné, les rendez-vous avec le chirurgien, se faire opérer seule, parce que, je me suis fait opérer à La Rochelle. Heureusement que j’avais une très bonne famille d’accueil qui est l’entraîneur des moins de dix-huit aussi.
Hedonia : Donc en plus vous vivez à l’internat le week-end, vous êtes dans une famille d’accueil.
AK : Une famille d’accueil. Mais vu que j’étais blessée, du coup, je rentrais tous les week-ends chez moi. Donc, je faisais vendredi, je rentrais et je revenais le dimanche à l’internat.
Hedonia : C’était une bonne famille d’accueil. Vous étiez chez vous tout de suite.
AK : Je rentrais chez eux soit je rentrais chez ma sœur aussi. Donc, je faisais beaucoup, d’allers-retours, mais pour moi, c’était un peu le rythme qu’il fallait avoir.
Hedonia : Vous avez mis combien de temps pour guérir de cette blessure ?
AK : Dix mois parce que j’ai eu un peu de complications. Ça a été dur mentalement. C’était que pour la prise de rendez-vous, c’était dur de se retrouver seule, sans papa et maman à seize ans, à faire des choses de grand, entre guillemets. Ça, c’était dur au début. Maintenant, ça fait partie de mon parcours
Hedonia : Et ça vous renforce peut-être.
AK : Oui parce que je suis passée par là. Maintenant, pour des rendez-vous médicaux etc, je connais et je sais que heureusement que je suis passée par là.
Hedonia : Je peux vous dire que votre parcours, il est encore plus rapide et impressionnant, sachant que pendant un an, quasiment, dix mois de blessure, vous n’avez pas pu montrer ce dont vous êtes capable sur le terrain.
AK : Oui, c’est ça. Ça a été un peu le regret du début, mais je me suis dis que c’est mieux que ce soit arrivé dès le début qu’au milieu de ma carrière ou maintenant, alors que je viens de commencer avec, avec le sept. Donc, j’ai repris en novembre 2024 et ça fait un an, un an que j’ai repris le rugby.
Hedonia : Donc là, vous avez quitté le lycée.
AK : J’ai quitté le lycée, oui.
Hedonia : Vous êtes en BTS Communication.
AK : C’est ça. Je suis en étude à distance du coup pour faciliter un peu tout ce qui est avec le sept, parce que vu qu’on voyage beaucoup, c’est dur de revenir en présentiel. Après, c’est un choix aussi de chacune parce qu’il y a des filles qui font des études en alternance ou en présentiel, mais c’est vrai que c’était dur.
Hedonia : Alors, expliquez-nous donc le rugby à sept au niveau national. Donc vous partagez entre le Stade Rochelais et l’équipe de France.
AK : C’est ça. Alors au départ, je suis venue pour jouer avec le Stade Rochelais, mais du coup, j’ai pu faire quelques tournées, notamment à Singapour. J’ai fait ma première tournée Singapour-Australie et ensuite, j’ai enchaîné sur Vancouver-New York. Et là, je reviens de Hong Kong.
Hedonia : Donc en plus, le rugby vous permet de découvrir le monde, de voyager. Question naïve, il y a un peu de temps quand même pour faire du tourisme.
AK : Oui, quand même. On a des jours off. Soit des journées off, soit des demi matinées ou des après-midis off. Donc ça c’est bien. On n’est pas très loin la plupart du temps du centre-ville ou on est même en ville. Donc ça, ça nous plaît, c’est très bien.
Hedonia : Vous trouvez votre équilibre entre jouer au Stade Rochelais et jouer en équipe de France ?
AK : Au début, c’était dur parce que je voulais être au Stade Rochelais parce que je voulais jouer avec les grandes. Je voyais un peu quand j’étais en moins de dix-huit, et là, le fait d’être au départ, d’être un peu sur le côté, j’avais peur de pas trouver mon équilibre. Et quand je revenais à La Rochelle, de pas retrouver Cécile là, moins d’ambiance, C’est trouver sa place dans l’équipe. Trouver sa place dans l’équipe. Mais au final, tout se passe bien. Parce que du coup, je me suis fait beaucoup de copines ici et quand je rentre, j’essaie d’être au maximum avec les filles pour éviter de pas trouver ce décalage là que quand je suis en tournoi ou quand je reviens à La Rochelle, que ce soit avec les filles, avec l’ambiance, mais aussi au niveau du rugby, avec les combinaisons. Se retrouver sur le terrain aussi, ça peut beaucoup jouer.
Hedonia : Tout à l’heure, vous m’avez dit que le rugby, ça avait été une révélation. Qu’est-ce que ça vous apporte, ce sport ? Puisqu’avant, vous avez fait quoi ? Du taekwondo, de l’athlétisme aussi.
AK : Oui, de l’athlétisme et du taekwondo. Et ben dès que c’était des sports déjà très individuels. Donc dès que j’ai commencé le rugby, je me suis dit au départ : je vais tester juste pour voir. Et là, dès que j’ai commencé, c’est un train de vie déjà. C’est vrai. Déjà dès le début, avec le pôle espoir, j’avais un train de vie très très rapide. Je m’entraînais soit à six heures du matin, soit le soir à dix-huit heures.
Hedonia : À quel âge ?
AK : Quinze ans, quatorze ans. C’était un rythme de vie où tu passes du collège où tous les soirs, tu pouvais, tu pouvais aller jouer avec tes copines et là, à l’internat, le matin, tu te réveilles à cinq heures et demie pour aller à l’entraînement, c’était très dur. Mais c’était un rythme de vie et je me dis qu’heureusement, je suis passée par là parce que aujourd’hui, c’est pas plus facile, mais j’ai connu pire. Et avec les valeurs du rugby.
« Une équipe de rugby, ça a toujours été une famille »
Hedonia : Pouvez nous expliquer pour vous quelles sont les valeurs du rugby ?
AK : J’aime beaucoup cette ambiance, ce partage-là qu’on trouve. Le fait j’ai enfin trouvé ma place dans le rugby. Et moi, c’est une équipe de rugby qui a toujours été une famille. Que ce soit dans mon premier club, que ce soit ici, j’ai connu beaucoup, beaucoup de personnes avec vraiment cette mentalité-là qui est très différente. Je trouve que c’est un sport très collectif où tu fais passer ton équipe avant toi, ce qui était très différent quand je faisais du taekwondo, tu te retrouves sur le terrain, tu cherches un peu quand t’es un peu déboussolé, tu cherches le regard de tes coéquipiers pour savoir dans quelle situation t’es, si c’est dur. J’ai une copine qui dit à chaque fois : quand vous voyez que c’est dur, regardez-moi sur le terrain. Si vous avez pas confiance en vous, regardez-moi sur le terrain et je vous dirai que des mots pour vous motiver.
Hedonia : Il y a une vraie entraide.
AK : Oui et c’est une chose que je trouvais pas dans le taekwondo parce que j’étais souvent seule face à moi-même. En fait, quand c’est dur, c’est toi et l’adversaire et t’es tout seul. Et là, j’ai vraiment trouvé ma place, entre guillemets. J’aime beaucoup le fait de se resserrer quand c’est dur. Voilà, c’est dur, c’est comme ça. On se regarde avec les filles, mais aussi avec les garçons, parce que j’ai beaucoup joué avec les garçons. Et c’était ça quoi. Se regarder et trouver un peu les mots quand c’est dur, mais aussi les mots quand tout se passe bien.
Hedonia : C’est beau ce que vous dites au niveau de la solidarité. Et vous pensez qu’il n’y en a pas autant dans d’autres sports collectifs ?
AK : Pas qu’il n’y a pas autant, mais c’est que moi, j’ai fait que du rugby en sport collectif. Et enfin, moi, j’aime quand on gagne ensemble et on perd ensemble. Alors que quand tu fais quelque chose d’individuel, tu marches tout seul, entre guillemets.
Hedonia : Vous disiez que votre frère faisait du rugby, vous faites mieux que lui, maintenant?
AK : Après, il a arrêté. Mais je suis dans une famille un peu sportive. Donc ma maman, elle a fait du saut en hauteur. Mon papa du foot. Et c’est vrai que quand j’ai commencé, il était très content. Aujourd’hui, mes neveux font du rugby, mes nièces font du rugby. C’est un peu une famille de sportifs. Donc c’est vrai que se retrouver là et quand ils me regardent. Au début, c’était dur parce que j’en ai beaucoup parlé avec mon frère dès le début parce que je vous ai dit que c’était très dur d’avoir un rythme de vie. Quand tu rentres au lycée, on avait treize heures d’entraînement par semaine et je voulais très vite abandonner. Et c’est lui qui m’a motivée. Donc aujourd’hui, je suis très contente.
Hedonia : l doit être très fier de vous.
AK : J’espère, oui.
Hedonia : Vous avez d’autres passions dans la vie que le, que le rugby ?
AK : Oui j’ai d’autres passions. J’aime beaucoup être avec ma famille. Maintenant c’est un peu compliqué, mais je passe mes journées avec ma famille.
Hedonia : Vous avez pu rentrer, peut être une fois par an en Nouvelle-Calédonie.
AK : Oui, j’ai pu rentrer l’été. L’été dernier et l’été d’avant. En Nouvelle-Calédonie, j’ai pu rester un mois. Donc ça fait du bien. Retrouver la famille un peu, couper du rugby et retrouver aussi son ancien club, ses anciens coachs. Ça fait très plaisir.
Hedonia : Donc là, pendant qu’on fait l’interview, on voit derrière vous le stade Rochelais. Qu’est-ce qu’on ressent quand on rentre sur le stade ?
AK : Alors ça dépend de chacun. Moi, des fois, ça me stresse beaucoup. Je suis quand même beaucoup stressée au début du match, jusqu’à que je rentre sur le terrain et que je fasse mon premier plaquage.
Hedonia : Donc en fait, une fois que tu es sur le terrain, c’est fini.
AK : Ça dépend. Et ça peut être beaucoup plus stressant. Je trouve que ça dépend des, des gens. Mais moi, ça me stresse et c’est vrai que c’est impressionnant parce que de jouer avec, entre guillemets, les grandes, l’équipe élite une, c’est très impressionnant de voir le rythme de vie aussi de chacune, de comment les coachs se comportent avec nous. C’est très différent de la Nouvelle Calédonie. C’est un rythme de vie qui est assez élevé. Donc quand tu rentres sur le terrain, t’es pas toute seule et tu dis : Ça y est, c’est trop tard.
Hedonia : Vous avez des cours pour gérer votre stress ou vous le travaillez pour gérer la pression ?
AK : Oui avec le Stade Rochelais, on a des cours de préparation mentale pour un peu mener l’équipe, pour voir comment ça se passe, comment chacune vit ses avant-matchs et ses après-matchs. Donc, on a un accompagnement sur qui est très bien.
Hedonia : Pour gérer l’échec aussi, quand vous échouez ?
AK : Aussi, oui.
Hedonia : Ça vous arrive ?
AK : Oui, c’est un suivi collectif et on voit un peu comment on est arrivé ici et comment on peut rebondir sur ça. Et je trouve que c’est très bien comme accompagnement collectif parce que du coup, tu te retrouves pas seul un peu, à te dire : Pourquoi j’ai fait ça ? Comment je peux faire pour être meilleur ? Là, c’est vraiment collectif. T’as toute l’équipe qui donne un peu ses arguments, ses conseils et ça fait du bien.
Hedonia : J’imagine que c’est des conseils aussi qu’on peut s’appliquer dans la vie privée, hors sportive.
AK : Oui, beaucoup. On a tous des parcours différents. Tu as des filles qui sont gendarmes, tu as des filles qui sont sapeurs-pompiers. Donc on a aussi un avis extérieur parce que je vois pas forcément tout le temps les filles, mais je sais que d’avoir un avis extérieur de ces filles-là, ça fait du bien.
Hedonia : Vous pensez vous diriger vers quoi en plus de votre carrière sportive, donc vous faites un BTS communication, vous imaginez faire quoi ? Vous aimeriez faire quoi plus tard ?
AK : Alors, pour l’instant, de la communication. Mais dans l’environnement sportif. J’aimerais quand même être liée à l’environnement sportif.
Hedonia : De toute façon, c’est ce qui vous nourrit depuis que vous êtes toute petite.
AK : Oui, j’ai grandi dans cet environnement-là. Donc même si j’arrêtais le rugby, j’aimerais quand même rester dans cet environnement de rugby.
Hedonia : J’ai oublié de vous poser la question, parce que le rugby féminin, ça se développe, mais c’est peut-être pas encore complètement démocratisé dans tous les esprits. Il y a de plus en plus de petites filles qui veulent faire du rugby, vous savez ça ?
AK : J’ai l’impression, oui. Rien qu’en Nouvelle Calédonie, il y a beaucoup, beaucoup de filles maintenant, alors qu’avant, quand je jouais, il y avait vraiment pas beaucoup de filles. On jouait, On faisait du cinq contre cinq parce qu’on n’arrivait pas à avoir des équipes de sept. Et j’ai passé une année sans faire de compétition, parce qu’on n’était pas assez de filles. Maintenant, quand je vois les écoles de rugby, les clubs féminins, il y a énormément de filles qui jouent dans les îles. Alors, je pense ici, ça s’est encore plus développé, oui, que ce soit sur les compétitions féminines, les interligues à sept. Là, on peut voir aussi le quinze qui se développe de plus en plus avec le quinze féminin ou encore les moins de vingt, les moins de dix-huit. Et le sept aussi. J’espère que ça va continuer comme ça.
Hedonia : Oui, il faut espérer. Ça a mis un peu de temps quand même, un peu plus de temps que le foot. Vous, vous pensez que c’est dû à quoi ?
AK : Je sais pas. Je pense la médiatisation. Avant, on n’en parlait pas énormément. Si tu t’intéresses pas, tu verras pas les équipes féminines. Mais maintenant, tu peux, que ce soit sur les réseaux sociaux surtout, je pense, le fait de passer par toutes ces plateformes, ça donne un peu plus de visibilité. Oui, puis il y a des matchs qui commencent à être diffusés. Que ce soit les équipes de France ou encore les élites une. Je repense à la finale Bordeaux-Toulouse l’année dernière, qui sont médiatisées dans des gros stades aussi. Donc ça, c’est bien aussi d’avoir accès à des stades.
Des fois avec les filles, elles ont la chance aussi de jouer dans ce genre de stade et ça donne aussi beaucoup de visibilité aux gens de venir voir les équipes féminines jouer.
Hedonia : Donc aujourd’hui, vous avez un emploi du temps hyper chargé
AK : Oui, un peu.
Hedonia : Entre les cours, le Stade Rochelais et l’équipe de France. Vous arrivez à, à sortir, à prendre du temps pour vous un peu ?
AK : C’est un peu dur parce que comme je vous le dis, c’est un rythme de vie, mais après, on choisit de ce concentrer sur le rugby, mais c’est vrai que ça me manque un peu quand je vois mes copines qui font pas forcément de rugby ou des filles qui vont faire la fête, ça me manque un peu, mais je me dis qu’il faut passer par ces sacrifices-là pour, pour évoluer.
Hedonia : Alors, comme vous êtes à La Rochelle que depuis trois ans. Est-ce qu’il y a des endroits qui vous plaisent plus que d’autres ? Une plage ou l’île de Ré ou l’île d’Oléron. Vos endroits favoris dans le coin ?
AK : Alors mise à part le stade évidemment, j’ai pas forcément d’endroit, mais quand, quand l’été vient avec les filles, on aime bien aller à la plage, a chef de baie, ou la Concurrence. Et juste se poser avec les filles et de parler d’autres choses que le rugby. Ça fait du bien, oui.
Hedonia : Vous, évidemment, je vais vous dire, vous écoutez de la musique.
AK : Oui.
Hedonia : Vous écoutez quoi comme musique ?
AK : Un peu de tout, vraiment de tout. Je peux écouter des musiques françaises comme des musiques des îles, du kompa, du zouk etc.
Hedonia : Alors si on ne doit passer un titre que vous choisissez de nous faire découvrir.
AK : Alors, découvrir, c’est un vieux titre, mais là, avec la tournée qu’on vient de faire, j’ai un titre qui me vient en tête et qu’on a mis vraiment toute la Hong Kong, c’est Mini Kaoulè. Mais vraiment, c’est parce qu’on a fait que de la mettre, on faisait que danser dessus. Et pour cette tournée d’Hong Kong, qui du coup m’a beaucoup marquée parce que l’ambiance était magnifique. Et avec la place qu’on a pu décrocher aussi. Donc, je pense que cette musique, elle va très bien interpréter cette tournée-là
Hedonia : Écoutez, on se quitte en écoutant ce titre et on vous souhaite vraiment une super carrière, une super vie et amusez-vous.
AK : Merci beaucoup.

