Une nouvelle salle de concert est en préparation à La Rochelle. La Sirène va s’agrandir à l’horizon 2029
avec un réaménagement des bâtiments et une nouvelle salle qui pourra accueillir 2000 personnes.
L’équipe a su convaincre la commission du BDNA – Bâtiments et quartiers Durables en Nouvelle-Aquitaine – qui a donné l’or à ce projet; une preuve des ambitions de développement durable de cette prochaine structure.
Ce reportage nous donnera la vision de David Fourrier le directeur de La Sirène et de l’architecte Loïc Julienne – du cabinet Construire
qui avait déjà dessiné, pensé la première salle, en 2011.

Loïc Julienne : Alors en fait, c’est plus qu’une deuxième salle puisque ça va devenir la Cité des musiques actuelle pour pouvoir accueillir un peu tous les publics et toutes les jauges de spectateurs.
La nouvelle salle qu’on construit, elle va accueillir deux mille personnes debout, mille personnes assises, mille cinq cent dans des configurations mixtes. Elle va surtout avoir une très grande scène, un très gros espace scénique, très équipé, de façon à ce que les musiciens qui viennent ici en résidence pour préparer leur tournée à travers le France et à travers le monde, travaillent dans les conditions dans lesquelles ils seront accueillis ensuite dans les salles où ils tourneront.
Hédonia Radio : Vous étiez déjà là il y a quinze ans, qu’est-ce qui a changé au niveau architecture en quinze ans ? À quoi il faut faire attention et quelles sont les, l’ambition de ce projet que vous présentiez aujourd’hui ?
Loïc Julienne : Non, les sujets sont, sont un peu les mêmes. On a toujours des sujets acoustiques, des sujets de sécurité incendie, des sujets de construction. Peut-être qu’aujourd’hui, ce qui est plus sensible, c’est ce qu’on appelle le développement durable. Et donc c’était l’objet de la réunion qu’on vient d’avoir sur ce qu’on appelle le BDNA Or, puisqu’on vise du coup une qualification de très haut niveau pour la durabilité de l’équipement qu’on construit. C’est le recours à des matériaux biosourcés, à des matériaux qui stockent le carbone, à du réemploi. Toute, toute une série de choses qui n’existaient pas à l’époque où on a fait la première Sirène. Même si la première Sirène, c’est quand même, il ne faut pas l’oublier, un bâtiment existant qu’on a transformé et que donc c’est déjà une première démarche de réemploi durable.

Hédonia Radio : La première Sirène, elle était très béton, la deuxième Sirène, vous ne la voyez pas comme ça du tout.
Loïc Julienne : Alors, la première Sirène, elle est béton par le bâtiment existant et toile pour son extension en hauteur. Et la deuxième, elle est en effet entièrement réalisée en bois, mais couverte avec des tôles métalliques qui vont rappeler l’univers des containers maritimes des ports de commerce. Donc c’est une façon de jouer avec l’environnement du port qui viendrait se poser sur le bâtiment. Et donc en effet, pour le reste, les charpentes, les bardages intérieurs et les bardages extérieurs sont réalisés en bois pour une grande partie de récupération qui vont donner toute la chaleur à ce bâtiment. Ce toit multicolore, c’est une espèce de patchwork. C’est comme si on avait pris des containers, ceux qu’on appelle derniers voyages, des containers qui ont vécu, qui sont un peu cabossés, qui sont un peu usés et un peu rouillés et qu’on les avait mis pêle-mêle sur le toit. Et donc on va trouver comme ça la même variété de couleurs qu’on trouve sur un porte-container où on a des containers orange, bleu, vert, marron, jaune, etc.

Hédonia Radio : Qu’est-ce que vous prévoyez pour, pour les personnes à mobilité réduite ?
Loïc Julienne : Alors les personnes à mobilité réduite vont avoir d’abord un accès facilité à l’ensemble du site et ensuite dans la nouvelle salle, ils vont accéder directement par des balcons qui vont se trouver au-dessus de la masse des spectateurs. Donc ils auront une vue privilégiée sur la scène, mais ils pourront bien sûr, eux aussi, descendre dans la fosse, comme on dit, et assister au spectacle comme tout le monde. Mais ils auront ce statut privilégié qui leur permettra d’avoir la visibilité et l’acoustique idéale pour voir un concert.
Hédonia Radio : David Fourrier, directeur de La Sirène. Comment vous vous projetez dans cette Cité des musiques actuelles à venir ?
David Fourrier : Il y aura un lien entre le bâtiment initial, celui qu’on connaît désormais depuis 2011, le bâtiment de, de La Sirène. Et il y aura cette nouvelle salle qui sera effectivement dans des dimensions un peu plus généreuses en matière de technique, avec un plateau un peu plus confortable, voire même très confortable, puisqu’on va être plutôt dans un format un peu zénith. Et on aura entre ces deux bâtiments un bâtiment tampon qui permettra la circulation du public.
Mais aussi, ça nous permettra de nous doter d’éléments qui sont manquants aujourd’hui à La Sirène, comme un vestiaire, avoir un espace d’exposition pour présenter peut-être des photos autour de la, autour de la musique. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, on est un peu à l’étroit parce qu’on est très sollicités pour accueillir des résidences de création dans nos murs.
On est très sollicités par le public parce que vingt fois par an, on affiche complet trois mois à l’avance et c’est assez frustrant de se dire qu’on laisse des gens sur le carreau.
Il y a eu aussi une vraie réflexion de, de filière autour de ce projet, quels sont les manques. On a fait un peu de benchmark pour savoir exactement les attentes et quels étaient les besoins pour le territoire et pour la filière musicale, des producteurs en passant par les artistes, en passant par les spectateurs.
Hédonia Radio : Est-ce qu’il y a des artistes qui ne venaient pas parce que la salle était trop petite, qu’on pourrait avoir maintenant ?
David Fourrier : Alors, de fait, on va accueillir évidemment des, des formules peut-être un petit peu plus ambitieuses scéniquement. Mais c’est vrai que lorsqu’on a reçu, par exemple, par le passé, quelqu’un comme Ibrahim Maalouf, où son décor est rentré un peu au chausse-pied, alors c’était très sympathique et tout ça, mais pour les équipes techniques, c’est compliqué. C’est frustrant aussi pour les scénographes, c’est frustrant pourles éclairagistes. Donc demain, on va pouvoir travailler dans des conditions peut-être un petit peu plus confortables. Les Feu-Chatterton, il y a quelques semaines, qui ont – parce qu’ils aiment beaucoup la salle, parce qu’ils aiment beaucoup La Rochelle, parce qu’ils aiment bien l’équipe – ont décidé de venir créer leur spectacle dans nos murs. On aurait eu quatre mètres de dégagement en plus par côté, on aurait été nconfortable. Et puis surtout, on aurait pu aussi accueillir deux mille spectateurs plutôt que les mille deux cents qui ont arraché les tickets en moins d’une heure.
Hédonia Radio : À propos des places, L’Acclameur à Niort, c’est 3500 places, est-ce qu’on n’aurait pas pu être plus ambitieux ?
David Fourrier : Alors on n’est pas du tout sur les mêmes segments. On va rester une SMAC, c’est-à-dire que la programmation de L’Acclameur, à part quelques exceptions comme des groupes comme IAM ou des projets comme Archive qu’on a pu recevoir, on va rester comme une SMAC avec une ligne éditoriale très lisible.
Ça ne va pas devenir un Zénith, la Sirène, pour faire vraiment tomber cette, cette idée.

On va avoir une taille de type Zénith pour que les spectacles les plus ambitieux puissent venir se créer dans nos murs, mais on ne va pas être un loueur d’espace pour des producteurs privés. On va continuer à avoir une ligne éditoriale qu’on va défendre. On va aller sur d’autres territoires, notamment la possibilité d’accueillir peut-être un petit peu plus de chansons, de jazz, de musique du monde avec la position assise. Peut-être aussi de contenter un public qui ne nous fréquente pas parce que la station debout peut être douloureuse au bout d’un certain temps. Continuer à travailler sur cette logique intergénérationnelle avec une salle qui offrira de l’assise, mais aussi des places debout. On peut imaginer que des familles, les enfants pourront peut-être danser en bas et les parents pourront peut-être danser sur des banquettes confortables à l’étage.
On pourra même sur une même soirée, avoir un concert de rock au club de la Sirène, là où on se trouve actuellement, et puis, pourquoi pas un spectacle de jazz assis dans l’autre salle. Mais aussi, on imagine des soirées, comme on a pris pour habitude de les organiser, où on va inviter le public à la curiosité et au déplacement. Donc, on imagine bien effectivement avoir des propositions croisées, un public qui se déplace d’une salle à l’autre à la découverte d’une scène aussi émergente.
Parce qu’encore une fois, la programmation, on va vraiment continuer à travailler sur l’émergence, continuer à chercher à découvrir les artistes de demain et puis se faire aussi de temps en temps quelques belles soirées
où on aura une exclusivité territoriale euh, comme on a pu le faire l’an dernier avec Franz Ferdinand ou avec Idols pour les artistes étrangers ou comme on le fait régulièrement avec des artistes français.
Mais on va continuer à travailler avec les FrancoFolies. On va avoir juste un écrin un petit peu plus grand, un terrain de jeu un peu plus agréable. On va continuer à travailler avec La Coursive, on va continuer à accueillir le Festival de Jazz, on va continuer à accueillir le festival du Cinéma. Enfin, on va vraiment rester ce qu’on est.
C’est juste une avancée technique, technologique et puis une façon sans doute de s’inscrire, dans un temps long, se dire qu’à échéance trente ans, on va avoir un outil qui va répondre aux attentes de la population, des publics, des artistes et de la filière.

Hédonia Radio Il n’y aura pas d’incidence sur les salles de répétition en bas ?
David Fourrier : Alors non, à l’inverse, on va même profiter des travaux pour réaménager certains espaces du bâtiment initial, des endroits qui ont peut-être un peu bien vécu et qui, à l’usage, s’avèrent être peut-être pas les plus pertinents. Donc, on va réaménager les espaces, on va rendre l’accessibilité du lieu encore plus confortable pour les publics dits empêchés ou les publics contraints. Les musiciens des studios de répète ont un accès aussi privilégié avec un parking privilégié, avec suffisamment de places de parking par exemple. Enfin voilà, on va vraiment profiter de ces travaux pour rendre le lieu encore plus confortable, encore plus vivant.
Et il faut que ça reste un lieu de vie, un lieu de fête, un lieu de culture, un lieu de partage.
Hédonia Radio : Justement, on en parlait, la nouvelle salle, elle sera à la place du parking actuel. C’est mal de prendre sa voiture, mais des fois, c’est pratique. Qu’est-ce qui est prévu du coup pour les parkings ?
David Fourrier : Alors, on a plein de sujets sur la table, plein de possibles. On n’est pas les seuls décisionnaires. Il y a des sujets qui sont en train de sortir un peu de terre. Il y a peut-être une possibilité d’un parking à proximité qui pourrait servir non seulement à la Sirène, à d’autres équipements du territoire. Pourquoi pas aussi pour délester certains vacanciers, certaines places de parking pour des vacanciers qui aimeraient aller sur l’île de Ré. Pourquoi pas imaginer aussi que ce parking puisse délester une partie du public du Stade Rochelais. Voilà, on est en cours d’étude. En tous les cas, on va faire des tests d’ici peu de temps. Et puis c’est vrai qu’on insiste quand même aussi d’une façon très vertueuse sur le covoiturage. On a mis en place des nouveaux outils sur le site internet. On met en place depuis le début de l’activité de la Sirène des bus qui ramènent vers le centre-ville, vers la faculté, vers l’université. Donc, on a déjà cette dynamique-là. Et puis on constate que les Rochelais, les Rochelaises se déplacent de plus en plus en vélo. Et donc on va aussi prévoir les infrastructures pour pouvoir les accueillir le mieux, le mieux possible.
Le projet n’est pas encore sorti de terre, mais on sait qu’il peut y avoir un petit point de crispation ou en tous les cas d’interrogation pour le parking
On va tout faire avec les services de l’agglomération et les services de la ville et du port pour apporter des éléments de réponse cohérents et efficaces.
Hédonia Radio: Parce que c’est un projet, mais bien avancé. Ça va se faire, c’est financé, tout est là ?
David Fourrier : On n’est pas en train de rêver. Alors le fait de franchir step by step les étapes, on était en phase d’APS et on va rentrer en phase d’APD, ce qui veut dire avant-projet sommaire pour APS et avant-projet définitif pour l’APD. Le fait d’accéder à la médaille d’or dans le cadre des Bâtiments Durables Nouvelle-Aquitaine, tous ces éléments-là montrent quand même qu’il y a une vraie volonté d’aboutir. On a eu la confirmation de l’intervention de la région Nouvelle-Aquitaine en juillet dernier pour un montant non négligeable d’1,5Millions €. On a, je crois, des services qui sont totalement mobilisés et j’ai le sentiment, alors ça, c’est peut-être personnel, mais je, j’ai le sentiment quand même que, que le projet de la Sirène fait consensus.
En tous les cas, à un moment où la culture est un peu peut-être mise à mal, attaquée un peu de toutes parts, un projet comme la Sirène fédère, fait envie aussi également, et (je crois) que la population s’empare du projet petit à petit et est en attente.
Donc oui, j’ai vraiment envie d’y croire. On y a consacré déjà beaucoup de temps et puis on va y consacrer beaucoup de temps et puis c’est un signal fort.Je crois qu’on a besoin d’avoir des signaux de temps en temps un peu ambitieux, un peu, des projets un peu rayonnants et je crois que ce projet-là en fait vraiment partie.
Merci à David Fourrier, directeur de la Sirène, et à Loïc Julien, l’architecte du cabinet Contruire. Les travaux devraient commencer en 2027 pour une livraison en 2029. Idéalement, le 1ᵉʳ avril, ce sera dix-huit ans pile après l’ouverture de la première salle.

